Archives du mot-clé élection

Législatives: des « affaires » sans conséquences

Electoral Commission - Photo by Marty Melville/Getty Images
Electoral Commission – Photo by Marty Melville/Getty Images

Le paysage politique néo-zélandais est, lui aussi, dominé par la bipolarité que la France connai(ssai)t bien. Lors des élections générales de 2011 et 2014, arrivées à un terme ce samedi 20 septembre, les deux principaux partis se sont partagés près de 75% des voix. Depuis 2008, la droite modérée, revenue aux commandes, a su creuser l’écart et se maintenir. En effet, John Key, premier ministre sortant, leader du parti National, vient d’être réélu pour un troisième mandat de trois ans, emportant 48,1% des voix. Il devance ainsi son principal rival de près de 24 points. Il a bravé nombre d’accusations et de scandales pour s’imposer une nouvelle fois, ne disposant pourtant pas d’un bilan exempt d’accrocs. Le chômage ou la pauvreté, par exemple, sont autant d’éléments ancrés dans la société néo-zélandaise que le premier ministre n’a pas résolus.

Revenons cependant sur cette campagne électorale. Contre vents et marées, le candidat Key a affiché tout du long une popularité constante. Pourtant, de nombreuses affaires ont causé des remous. Il y a eu le cas Judith Collins, ministre de la justice, empêtrée dans un conflit d’intérêts mêlant son propre mari. Il est le P-dg d’une compagnie agroalimentaire pour laquelle elle aurait facilité les contacts avec la Chine, lors d’un déplacement officiel. La même Judith Collins était ensuite mouillée, le 13 août, avec la sortie du livre Dirty politics. Le journaliste Nicky Hager y révèle les liens entre l’administration Key et le blogueur Cameron Slater, travaillant a affaiblir l’opposition sur la base de données obtenues illégalement. La mininstre a été poussée vers la sortie par John Key, à moins d’un mois du dénouement de la campagne législative.

Comment fonctionne cette « General Election » ?
Il s’agit d’une représentation proportionnelle mixte.
Chaque inscrit dispose, le jour du scrutin, de deux votes. Sur son bulletin, il choisit un parlementaire qui deviendra le député de sa circonscription. Le candidat qui remporte le plus de voix est élu. Il s’agit là d’un vote uninominal à un tour. Ce mode désignera 71 députés.
L’électeur vote, également, pour un parti, qui peut différer de celui auquel le parlementaire qu’il a choisi est affilié. Ce « party vote » déterminera le nombre de sièges accordés aux députés de liste de chaque parti. 49 sièges sont disponibles. Pour pouvoir prétendre à ces sièges, une formation politique doit réunir un minimum de 5% des votes de partis exprimés, ou obtenir au moins un élu de circonscription.

Le premier ministre a aussi dû faire face à des attaques personnelles. Il a en effet été accusé d’avoir amorcé la mise en place d’un système de surveillance de masse des citoyens néo-zélandais sur Internet. C’est Kim Dotcom, soutien du parti Internet Mana, qui a dévoilé cela avec l’aide du journaliste Glen Greenwald, à l’origine des révélations sur la NSA (lire ci-dessous « Le show Kim Dotcom »). John Key a rapidement balayé ces accusations dont le fondement a été faiblement démontré. Quelques jours après les révélations, le premier ministre se satisfaisait même d’une côte de popularité insolemment élevée. Dans un sondage du New Zealand Herald, à la question « Est-ce que le gouvernement va dans la bonne direction? », le panel, qui répondait « oui » à 49,1% en mars 2013, était encore plus enthousiaste tout près du vote, avec 57,1% d’opinions favorables fin août.

Le show Kim Dotcom
Vous connaissez le provocateur, le geek, fondateur de Megaupload puis Mega. D’origine allemande, ce touche-à-tout est férocement engagé dans le combat politique de Nouvelle-Zélande, dont il est résident. Via Internet Mana (fusion de son Internet Party et du Mana Movement), il a tenté de jouer les trouble-fête lors de ce scrutin. Se positionnant en victime – suite notamment au raid sur sa maison dont il s’est moqué plus tard -, il a récemment déclaré que John Key, en collaboration avec un studio hollywoodien, travaillait à son extradition, puisque sous le coup d’une condamnation aux Etats-Unis pour atteinte au droit d’auteur. En grandes pompes, il a organisé, à Auckland, le Moment of Truth, en présence du journaliste Glen Greenwald, et avec les témoignages des lanceurs d’alertes Edward Snowden et Julian Assange, afin de lever le voile sur un projet de surveillance de masse mené en Nouvelle-Zélande, en collaboration avec l’agence de sécurité américaine NSA. Quelques faibles preuves matérielles appuient les témoignages des uns et des autres. Avec 1,3% des suffrages, sa formation n’obtient aucun siège au sein du nouveau parlement.

Ensuite, c’est sur son propre bilan que John Key a dû se défendre. Après 6 ans aux commandes, malgré une bonne santé économique pour une nation de l’OCDE (lire ici et ), les thèmes du chômage et de la pauvreté pèsent encore. Si le résultat prouve que l’électorat ne lui en a pas tenu rigueur, il n’en demeure pas moins qu’en Nouvelle-Zélande, 260 000 enfants grandissent dans des foyers à bas revenus. Parmi eux, 100 000 ne se nourrissent pas correctement, un problème qui s’installe dans les écoles et qui, indirectement, soulève la question du chômage (5,6% au dernier bilan trimestriel). C’est à coups de milliards (2,4 pour le Labour, 1 pour National) que les deux candidats ont proposé de régler la question, afin de permettre des réductions d’impôts et ainsi d’accroître le budget des ménages.

Retour sur le scrutin de 2011
Il y a trois ans, John Key était réélu, après un mandat acquis grâce à une victoire sur le premier ministre sortant, Helen Clark (Labour), en 2008. Après 11 points d’écart sur son rival, John Key et le parti National se sont offerts une plus large victoire en 2011, distançant cette fois-ci le Labour emmené par Phil Goff de 20 points. Avec 47,31% des votes consacrés aux partis, le premier ministre se donnait le souffle nécessaire à l’orée d’une nouvelle mandature. Avec un peu plus de 3,07 millions d’inscrits sur les listes électorales, le taux de participation a été de 74,21% (2,28 millions).

National dispose donc de 3 ans de plus pour mener à bien sa politique de centre-droit. Le Labour, avec son plus bas historique depuis 1922, doit lui se reconstruire. Son leader, David Cunliffe, semble vouloir mener cette rénovation lui-même, malgré l’échec qu’il vient de subir. Quant à Kim Dotcom, qui a accepté la responsabilité pour la défaite de son parti et sobrement félicité son pire ennemi, il devrait se faire plus discret à l’avenir.

 axL